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 |  |  |  | extrait
 |  | | |  |  | |  | Jean Raine
| La pensée difficile 1957 |  |  |  | LA PENSÉE DIFFICILE
La main parle la main chante elle est l'ombre de la voix je re cherche autour de moi je fais le geste de te voir sans regarder je prends le temps de tout te dire
L'OEIL DE L'EAU
La beauté a ses forêts son ciel opposé à la terre un été pour t'aimer un hiver pour te plaire le vent pour te penser
Elle a le sang de tes dents blanches elle a tes doigts baignés l'ombre penchée des fleurs dans l'eau de ton silence
dans l'eau qui te respire elle a leur immobilité
elle est le fil de l'eau le rêve qu'elle étire l'image penchée que tu admires tout le ciel la peur et les frissons qui vont mourir dans les roseaux
SANS TITRE
souviens-toi nous fûmes à Cayenne souviens-toi des cachots du poivre des galères nous ramions en cadence sur des airs d'opéra toi tu chantais Malbrough et moi s'en va-t-en guerre
mais sans doute se souvenir ne te plaît pas
D'UN ICI À LÀ : JUPITER
Jupiter Jupitoche Jupin j'ai l'ouïe fine Ju oui pin Junon pi ah ah Jupipite Juju que j't'arose
JE T'AIME MAIS À LA FOLIE
Les sentiments certes mais faire pleurer les pierres
le laconisme o bouchon mais sur quelle bouteille
les sonorité de la groseille o conscience des sons
donne-moi de l'amour mon amour la force du tire-bouchon
La tendresse fait image
cent fusées jaillissent d'on ne sait où pour Geneviève pour Isabelle cent fées nues font on ne sait quoi cent paires de seins cent paire de fesses enchevêtrent leurs courbes enchanteresses
Zoloé Zoloé il y a des oiseaux dans ce coin-là
À MARIA PETROV
La terre meurt des anges dans ton profil
tout te suis où tu vas
ta chair n'a pas de bas mais tes yeux sont de dentelles
ils sont des fleurs qu'on rencontre parfois
MOTS POUR UNE CHANSON À NADINE BELLAIGUE
Le toit d'un livre ouvert un feu le froid l'hiver le vent c'est toi qui passes une lézarde un mur une crevasse un monde un univers des toits des toits des toits Saint Germain Levallois un grelot des tourterelles un frisson un sanglot un tort une raison un feu de la fumée une âme une échappée ta voix le téléphone un sourire un adieu le silence personne
LE CHIGNON
Tes chapeaux étaient extravagants de hautains peupliers s'élançaient sur les bords et dans le mausolée central tes cheveux en prière me faisaient frissonner quand tu le traversais
et puis un jour je t'ai modernisée investie de confort jusqu'à faillir aux lois à notre amour manquait ce tout un peu vulgaire il me suffisait de te dire je vous aime en anglais
et de m'installer dans ton chignon pour des années entières
LE TRAIN
Pour ma délivrance de tes larmes ronge mes barreaux acétifie désordonne fais pomper l'eau par personne ramasse les sous perdus pour le cabaretier éclafe le café où fructifient deux graines songe que je ne suis parmi toi ni parmi ceux que j'aime
et si ce mot revient ce verbe à toute vapeur vois la fumée jaillir superbe de mon coeur
LE PUPITRE
Je t'offre mille mille et mille petits ronds de fumée qui montent en ronronnant dans l'écarlate de mes adieux le matin
JE T'AIME MAIS À LA FOLIE
Les sentiments certes et puis va te faire foutre
je nous résume le laconisme c'est le bouchon piétiné par la bouteille
Je me réveille les sonorités de la groseille c'est grogne grogne
espère espérons espérez en la morte illusion
SIDÉRALE
gre gre comme les cailloux qu'on broie gre gre comme le café qu'on moud |  |
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